Les objets cultes

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Jamais démodés, les objets cultes traversent les époques de générations en générations. Remis au goût dans des coloris à la mode, les objets cultes habillent les intérieurs de nos maisons, de la chambre au salon en passant par la cuisine et le garage, ainsi que les salles des restaurants, des bars ou des musées de la capitale et des bourgades de France et de Navarre.


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Stylo BiC

Parmi les indémodables : le Rubik’s Cube, la girafe Sophie, le stylo BiC, le tabouret diabolo tam-tam d’Henry Massonnet, le mange-disque… Il y en a tant d’autres : le skateboard et le canapé convertible. À part les jouets, ce sont les ados qui, finalement, raffolent des objets du passé. Car les couleurs pop plaisent à l’humeur. La mode des années 70’ avec ses tracés arrondis, se connecte à la génération Y. Les objets cultes, ou « iconiques » sont les témoins de nos générations. Inscrits dans l’inconscient collectif, ces objets dont l’influence esthétique caractérise nos sociétés, nous définissent en tant qu’être humain. « Un objet, un meuble va traverser les époques dès lors qu’il marque une sorte de rupture conventionnelle en se détachant des archétypes commerciaux. L’objet s’installe ainsi dans un référent populaire, signant à la fois une culture et une communauté » explique le bureau de tendances Nelly Rodi. À mi-chemin entre l’art et la science, à la croisée de l’utile et l’agréable, les objets cultes traduisent les envies design des uns, quand ils piquent la nostalgie de nos ainés. Car derrière l’histoire et le dessin, l’objet n’a pas toujours été culte. Le culte de l’objet naît d’un processus engagé par la communication. N’est pas culte qui veut !

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Chaise A – Tolix

Qu’est-ce qu’un style BiC sinon un stylo ? Et le Vespa, n’est-il pas seulement un scooter ? C’est pareil pour Sophie la girafe…fabriquée artisanalement depuis plus de 50 ans. Cette petite girafe en caoutchouc est l’exemple parfait. Sophie est venue bousculer le règne du chat, du chien et du cheval. À l’époque, l’enfant jouait avec des figurations d’animaux domestiques ou familiers issus du monde de la ferme. Et c’est tout ! Née alors Sophie la girafe, la première figuration exotique sur le marché du jouet pour bébé. La différence a payé, mais les mamans ne s’y trompent pas : Sophie n’est pas qu’une vulgaire girafe en caoutchouc. Sophie est l’alliée des premières poussées dentaires de bébé. Bébé ne pleure plus ! Et un bébé qui ne pleure plus (ou moins), c’est le rêve de toutes les mamans, non ? Ni une ni deux, les mamans se rencontrent au parc…ça discute au parc. On se rassure, on partage son expérience, on s’échange les bonnes idées ! Bref, ça s’appelle le « bouche à oreille ». Voilà comment Sophie la girafe est devenue culte ; du berceau de vos parents à celui de vos futurs enfants.

Le secret ? Le bon timing ! L’objet doit plaire, être utile, accessible… Sans cesse réinterprétés, ces objets visionnaires et universels sont devenus de véritables icônes. Ne cessant de répondre à nos besoins, améliorant ou facilitant notre quotidien, les objets cultes sont tout à la fois ; esthétiques, fonctionnels et techniques. Dotés parfois de considérations économiques, et de plus en plus de considérations environnementales, ces objets, dont nombreux ouvrages font l’éloge, sont « cultes » pour des motifs qui, souvent, échappent à la raison. Car en définitive, la recette miracle n’existe pas. Le phénomène est aléatoire, principalement soutenu par des paramètres subjectifs. Pourtant, de nos grands-parents à nos futurs petits-enfants, l’empathie pour ces objets là ne cessera d’exister. « Les objets sont des repères. L’avenir fait peur car on a l’impression d’être privé de liberté. D’ailleurs, on observe une certaine lâcheté créative d’où la tendance rétro ! On aime le côté usé des objets, on leurs demande d’avoir une âme, un passé, une histoire…. Le design est marqué par un retour aux « trente glorieuses », symboles de liberté et période de l’émergence et de l’âge d’or du design. Après les « trente piteuses », la tendance est au mix & match, à l’ethnique, au folklorique, au classique chic…et un certain goût pour l’expérimental. On est dans le remix, c’est dans ces années là que l’on a créée la notion d’iconique ou de culte ».

Moderniser pour satisfaire les générations futures, les objets, tout comme la mode, se font et se défont à l’aube des nouvelles tendances dans un cercle infini de créations.

 

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Tabouret Diabolo TamTam – Branex

Par Laurène Delion

 




 

lsd13-couverture-cover-mars-march-2015-design-deco-life-style LSD N°12 - Février 2015 lsd-mag-lsd9-cover

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Interview : Sang Pil BAE

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Sang Pil BAE est un designer atypique et consciencieux. Ce passionné d’éclairage et de mécanique imagine des luminaires des temps modernes : Chimera Watts. Inspirée du pur style industriel, la marque s’article autour de trois concepts complémentaires : créations / reconstruction / Collection. De Séoul, à New York, Sang Pil pose aujourd’hui ses valises près du Creusot, au cœur du bassin historique de la métallurgie… Avec un rêve en tête : le Made in France.

Sang Pil, d’où venez-vous ? Qui êtes-vous ?
Je suis né à Séoul. Mes parents m’ont envoyé à 14 ans, poursuivre ma scolarité à New York. J’ai eu plusieurs métiers : œnologue, acteur, peintre, entrepreneur… Puis, j’ai décidé de maîtriser une discipline : la lumière.

D’où viennent vos envies de design ?
J’ai toujours été designer. Tout petit, je transformais les objets pour obtenir le design que j’aimais. Par exemple, si la couleur de mes chaussures ne me plaisait pas, je les repeignais. Lorsque j’ai été responsable du design de mon bar à vin à New York, j’ai travaillé sur l’éclairage. À l’époque, je collectionnais déjà depuis longtemps des objets en métal ancien !

Parlez-moi de vos passions…
J’ai toujours été fasciné par la mécanique, au sens large du terme. J’ai à plusieurs reprises démonté la radio de mon père. Une fois, j’ai même voulu savoir comment la télévision fonctionnait, et je l’ai également détruite ! Pas besoin de vous dire que cela m’a attiré de sérieux ennuis…

Mon autre fascination était celle des insectes. Mon rêve d’enfant était de devenir entomologiste. Ce qui me plaisait le plus c’était la mécanique de leur corps – comment de si petits insectes pouvaient supporter de lourdes charges et bouger leurs membres de façon si précise ?

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Que pensez-vous du grand retour du design industriel ?
Après le rejet du design « tout plastique » des années 50’ et 60’, je pense que le cours normal des choses était de revenir à l’essentiel. Le côté lourd et sombre de l’acier donne, d’une certaine manière, aux gens un sentiment de sécurité et de solidité.

Après le design minimaliste des années 90’, je crois que les designers ont eu besoin de nouvelles inspirations. Et donc, ils sont allés puiser aux sources les plus élémentaires : le style industriel. Ralph Lauren a créé une lampe qui était une copie de Woodward des années 30’. La Restoration Hardware a copié les lampes Buquet des années 20’, et OC White de 1900. La liste est longue. Un grand sujet de débat sévit toujours aux États-Unis dans le monde des collectionneurs d’objets industriels : d’un point de vue moral, ces grandes entreprises ont-elles le droit de s’approprier le design volé à des ingénieurs inconnus qui menaient des recherches sur la fonctionnalité ? Il y a des décennies Walter Gropious le savait déjà, et c’est ainsi que la fonction est devenue forme.

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Comment abordez-vous l’Objet avant de le transformer ?
Je commence toujours avec humour, il y a des tas de choses du quotidien que l’on ne regarde plus parce qu’elles sont simplement utilitaires. Ce qui est drôle, c’est de penser différemment, de détourner le cours des choses, de leur donner une autre fonction, comme l’éclairage. Ainsi nous réalisons que nous sommes entourés chaque jour d’objets extraordinaires. Je fais attention de ne pas tomber dans le kitch et de coller le plus possible à la fonction de l’objet.

Où trouvez-vous l’inspiration ?
Partout. Tenez, par exemple, je viens de dessiner la série ‘’Amsterdam’’ en regardant un pont à Séoul ! La série ‘’Brooklyn’’, en revanche, vient du pont de Brooklyn. La fonction reste la fonction. La forme, quant à elle, peut avoir différentes utilisations.

Vous détournez les objets du quotidien, vous transformer une lampe à poser en suspension… le design n’a-t-il aucune limite ?
Une de mes citations préférées est celle inspirée de Gropius : « les spécialistes sont des personnes qui répètent toujours les mêmes erreurs. Pensez en dehors du cadre, parce que le cadre vous limite ».

Peut-on parler de « design responsable » pour qualifier votre travail ?
Le thème de l’exposition de Séoul en septembre dernier au aA Design Museum, était “longévité programmée”. Mon Iphone est mort après 3 ans. Ma première lampe Ikea s’est cassée après 1 mois. Ma première lampe OC white fonctionne parfaitement depuis 1900.

Je comprends que les dirigeants des entreprises aient besoin de nourrir leurs enfants, mais étant père moi-même de 3 enfants, je ne peux pas imaginer la quantité de détritus à laquelle ils vont devoir faire face quand ils auront mon âge. J’espère que mes clients pourront transmettre mes lampes à leurs petits-enfants. C’est ma responsabilité en tant que designer.

De la Corée du Sud à la Bourgogne en passant par New York où vous avez vécu pendant 25 ans, pourquoi avez-vous choisi de faire du « made in France » ?
Les coréens et les américains ont une image romanesque de la France. Je vais vous livrer un secret de New Yorkais : les français qui vivent à NYC passent pour être les personnes les plus aventureuses qui soient. Ils pourraient ouvrir des bars dans un ghetto de Brooklyn, ces lieux deviendraient très vite très réputés. Plus tard, j’ai compris qu’ils avaient quitté la France pour pouvoir réaliser leur projet.

La Marque “Made in France” est prestigieuse. Je me suis installé près du Creusot, bassin historique de la métallurgie en France. Mon projet est de réunir les différents métiers de la métallurgie dans un atelier pour créer, concevoir et fabriquer des luminaires. Ce savoir-faire est hélas en voie d’extinction. J’espère trouver des artisans pour m’accompagner dans cette démarche et permettre à ce savoir-faire de perdurer. Ainsi mes luminaires pourront être entièrement « made in France ».

Je déplore cependant que l’administration française soit trop lourde, elle n’aide pas les jeunes entrepreneurs à s’installer en France.

Que vous réserve cette nouvelle année ?
J’espère de bonnes surprises ! Mon objectif est de commercialiser les luminaires Chimera Watts en Angleterre et en Europe du Nord. Pour cela, j’ai besoin de trouver des agents dans le nord de l’Europe. À bon entendeur !


Questionnaire de Proust :

Votre matière favorite ?
Votre matière favorite ? Le cuivre

Votre matière favorite ? Le cuivre

Votre saison favorite ?
Votre saison favorite ? L’automne

Votre saison favorite ? L’automne

Votre couleur préférée ?
Votre couleur préférée ? Le vert

Votre couleur préférée ? Le vert

Votre œuvre d’art préféré ?
Votre œuvre d’art préféré ? Les peintures de Salvador Dali

Votre œuvre d’art préféré ? Les peintures de Salvador Dali

Votre citation favorite ?
Votre citation favorite ? Il faut prendre le pouvoir, il n’est jamais donné. (Aide-toi, toi-même)

Votre citation favorite ? Il faut prendre le pouvoir, il n’est jamais donné. (Aide-toi, toi-même)

Votre objet préféré ?
Votre objet préféré ? Les sphères métalliques. Et les montres.

Votre objet préféré ? Les sphères métalliques. Et les montres.

Votre héros favori ?
Votre héros favori ? Walter Gropius et Iron man

Votre héros favori ? Walter Gropius et Iron man

Votre lecture préférée ?
Votre lecture préférée ? Les livres de Carl Segan

Votre lecture préférée ? Les livres de Carl Segan


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Par Laurène Delion




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