FLUOR, une agence d’architecture détonante

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Deux cerveaux à 800 km, l’un est de culture alsacienne, Hervé Schneider, l’autre s’est nourri au soleil de la Méditerranée, Guillaume Avenard. Cette distance est devenue leur mode de fonctionnement. La formule fête ces 10 ans cette année. Elle a pour nom FLUOR !

Une agence qui sent le dentifrice ?
G . A. : « C’est un nom que nous avons trouvé dès notre première collaboration. FLUOR, c’est court et c’est un mot qui existe dans toutes les langues. Cette molécule n’a rien à voir avec notre milieu. Justement, ça interpelle. Mais, plus encore, c’est son aspect ‘’cheval de Troie’’ qui nous a conquis : Le fluor est un composant du dentifrice et on l’associe à quelque chose de propre, bien blanc, un peu comme Hervé et moi qui présentons bien et n’effrayons personne. Mais le fluor peut être violent, il est dans la composition de la bombe atomique, c’est un élément ultra réactif, capable de faire fondre l’éprouvette dans laquelle il se trouve. Et cela nous ressemble aussi : ”propres sur nous”, sympathiques, certes, mais nous pouvons devenir rugueux. Nous avons des convictions, celles de nos audaces. Alors nous pouvons passer pour prétentieux, fous, agités. Car nous défendons nos projets ».

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Fondation Van Gogh – Arles

À feuilleter, le catalogue des réalisations de l’agence : la fondation Van Gogh d’Arles, la maison de l’enfance à Drulingen, la villa Jalle dans le Vaucluse, la base de loisirs balnéaires de Colmar-Houssen, le théâtre antique d’Arles, le premier indice de la bicéphalie de ses fondateurs est surtout géographique..
G.A. « Hervé est installé à Strasbourg, moi, en Avignon. À l’origine, nous devions nous retrouver en Alsace. Mais nous avons été rattrapés par la technologie : nos échanges verbaux par téléphone, puis par fax, ont lieu désormais, par écran interposé. Skype et tous les autres gadgets de geeks sont arrivés pour nous permettre de travailler à distance. La contrepartie, c’est que nous devons être rapides, systématiques. On dessine vite, on écrit vite, on crée la 3D vite ».

FLUOR est donc une agence au corps extensible, surmonté de deux têtes et animé de dizaines de bras, un peu à l’image d’un dieu indien ?
G.A. « Notre bicéphalie est une réalité difficile à saisir pour beaucoup, mais, heureusement pas pour tous, comme nous l’a confié Christian Lacroix en visitant la maison de l’enfance à Drulingen. En découvrant les lieux, il a compris que le regard croisé à distance pouvait être une marque de fabrique ».

Ni Avenard, ni Schneider, mais FLUOR, une agence qui brasse des projets différents, en refusant toute spécialisation ?
G.A. « Nous avons besoin de liberté, notre démarche ne doit pas être contrainte, pas plus que la réponse que nous apportons. Notre attitude a été confortée par Norman Foster lorsqu’il a visité la fondation Van Gogh. Lui aussi a reconnu ‘’ne pas se spécialiser parce que tout est bon à prendre’’. C’est aussi pour cela que nous ne travaillons pas seuls, que nous sollicitons des artisans [cf. la fabrication de l’incroyable origami en bois de chêne dans la villa Jalle], et des artistes [lcf. la subtile installation de verres colorés conçue par l’artiste suisse Raphaël Hefti pour la fondation Van Gogh]. D’ailleurs, actuellement, nous travaillons sur un studio photo, des logements de grands luxe et des habitations économes en énergie ».

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Villa Jalle – Vaucluse

Vous avez bien des limites ?
G.A. « Pas de limite à la question du projet, surtout pas celle de l’apprentissage auquel nous sommes toujours ouvert. Nos projets sont aussi intellectuels que physiques (on les construit, on ne les confie pas à un maître d’œuvre), et cela nous nourrit. Par exemple : descendre dans un vide-sanitaire ou grimper à 15 mètres de hauteur, ce sont des actions que l’on fait sans rechigner. Bien au contraire, ce sont des réalités dont il ne faut pas s’éloigner ».

À quoi ressemblent vos séances de travail ?
G.A. « Nous nous racontons des histoires, jusqu’à les trouver cohérentes. Nous passons ensuite à l’écriture, avant de dessiner. De la même façon que l’on écrit un scénario, puis un story-board avant de passer au tournage d’un film, nous éprouvons notre récit avant de nous lancer dans la spatialisation. Notre démarche initiale n’est pas intellectualisée ; nous avons juste l’exigence d’un résultat ».

Que pensez-vous de votre métier ?
G.A. « L’architecture est un cheminement, un parcours qui n’est pas éphémère. Il est important de faire autre chose que du bâtiment. Nous sommes dans le long terme, pas dans la mode ou dans l’obsolescence. À FLUOR, nous n’avons pas d’écriture prédéfinie parce que nous ne refaisons jamais deux fois le même projet. Nous ne sommes pas des inventeurs, mais nous voulons surprendre. L’architecture est aussi un univers qui permet de très belles rencontres avec des gens qui ont un vrai savoir-faire, un amour des matières. C’est ce qui fait l’humanité des éléments que nous mettons en place ».

Avez-vous vous une matière prépondérante ?
G.A. « Nous avons besoin de toucher, de sentir, de respirer. On trouve beaucoup de bois dans les réalisations de FLUOR. La résille sur la maison de l’enfance a nécessité un kilomètre de mélèze de Sibérie. La structure origamique de la villa Jalle : plus de 80 panneaux de chêne pour 90m² d’élévation, assemblés dans le sens de la fibre du bois pour obtenir un mouvement ascendant et une attraction vers les arêtes de l’objet. Nous n’avons aucun a priori. Nous avons alterné aluminium et mélèze pour les murs du théâtre antique d’Arles, nous emploierons de la tôle pliée pour le studio photo… ».

 

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Base de loisirs balnéaires – Colmar-Houssen

Et l’écologie dans tout ça ?
G.A. « Nous essayons de jouer pleinement notre rôle de conseil sur la question environnementale. Mais nous ne sommes pas thermiciens. En revanche, nous y sommes extrêmement sensibles. La fondation Van Gogh en est un bon exemple. À l’époque du concours, en 2009, nous n’avions aucune obligation environnementale. Mais c’est là où notre bicéphalie a joué, car l’Alsace est en avance dans ce domaine. Nous avons effectué un diagnostic d’infiltrométrie par caméra thermique. Le résultat nous a poussés à changer une grande partie des menuiseries de la partie à rénover ».

Avez-vous une envie particulière à tester dans un de vos prochains projets ?
G.A. « La récupération de matériaux. Mais vous en dire plus est encore impossible… ».

Un projet un peu fou ?
G.A. « Dessiner des maisons reproductibles, à l’image d’une collection de prêt-à-porter… ».

Par Mireille Mazurier




 

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Les objets cultes

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Jamais démodés, les objets cultes traversent les époques de générations en générations. Remis au goût dans des coloris à la mode, les objets cultes habillent les intérieurs de nos maisons, de la chambre au salon en passant par la cuisine et le garage, ainsi que les salles des restaurants, des bars ou des musées de la capitale et des bourgades de France et de Navarre.


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Stylo BiC

Parmi les indémodables : le Rubik’s Cube, la girafe Sophie, le stylo BiC, le tabouret diabolo tam-tam d’Henry Massonnet, le mange-disque… Il y en a tant d’autres : le skateboard et le canapé convertible. À part les jouets, ce sont les ados qui, finalement, raffolent des objets du passé. Car les couleurs pop plaisent à l’humeur. La mode des années 70’ avec ses tracés arrondis, se connecte à la génération Y. Les objets cultes, ou « iconiques » sont les témoins de nos générations. Inscrits dans l’inconscient collectif, ces objets dont l’influence esthétique caractérise nos sociétés, nous définissent en tant qu’être humain. « Un objet, un meuble va traverser les époques dès lors qu’il marque une sorte de rupture conventionnelle en se détachant des archétypes commerciaux. L’objet s’installe ainsi dans un référent populaire, signant à la fois une culture et une communauté » explique le bureau de tendances Nelly Rodi. À mi-chemin entre l’art et la science, à la croisée de l’utile et l’agréable, les objets cultes traduisent les envies design des uns, quand ils piquent la nostalgie de nos ainés. Car derrière l’histoire et le dessin, l’objet n’a pas toujours été culte. Le culte de l’objet naît d’un processus engagé par la communication. N’est pas culte qui veut !

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Chaise A – Tolix

Qu’est-ce qu’un style BiC sinon un stylo ? Et le Vespa, n’est-il pas seulement un scooter ? C’est pareil pour Sophie la girafe…fabriquée artisanalement depuis plus de 50 ans. Cette petite girafe en caoutchouc est l’exemple parfait. Sophie est venue bousculer le règne du chat, du chien et du cheval. À l’époque, l’enfant jouait avec des figurations d’animaux domestiques ou familiers issus du monde de la ferme. Et c’est tout ! Née alors Sophie la girafe, la première figuration exotique sur le marché du jouet pour bébé. La différence a payé, mais les mamans ne s’y trompent pas : Sophie n’est pas qu’une vulgaire girafe en caoutchouc. Sophie est l’alliée des premières poussées dentaires de bébé. Bébé ne pleure plus ! Et un bébé qui ne pleure plus (ou moins), c’est le rêve de toutes les mamans, non ? Ni une ni deux, les mamans se rencontrent au parc…ça discute au parc. On se rassure, on partage son expérience, on s’échange les bonnes idées ! Bref, ça s’appelle le « bouche à oreille ». Voilà comment Sophie la girafe est devenue culte ; du berceau de vos parents à celui de vos futurs enfants.

Le secret ? Le bon timing ! L’objet doit plaire, être utile, accessible… Sans cesse réinterprétés, ces objets visionnaires et universels sont devenus de véritables icônes. Ne cessant de répondre à nos besoins, améliorant ou facilitant notre quotidien, les objets cultes sont tout à la fois ; esthétiques, fonctionnels et techniques. Dotés parfois de considérations économiques, et de plus en plus de considérations environnementales, ces objets, dont nombreux ouvrages font l’éloge, sont « cultes » pour des motifs qui, souvent, échappent à la raison. Car en définitive, la recette miracle n’existe pas. Le phénomène est aléatoire, principalement soutenu par des paramètres subjectifs. Pourtant, de nos grands-parents à nos futurs petits-enfants, l’empathie pour ces objets là ne cessera d’exister. « Les objets sont des repères. L’avenir fait peur car on a l’impression d’être privé de liberté. D’ailleurs, on observe une certaine lâcheté créative d’où la tendance rétro ! On aime le côté usé des objets, on leurs demande d’avoir une âme, un passé, une histoire…. Le design est marqué par un retour aux « trente glorieuses », symboles de liberté et période de l’émergence et de l’âge d’or du design. Après les « trente piteuses », la tendance est au mix & match, à l’ethnique, au folklorique, au classique chic…et un certain goût pour l’expérimental. On est dans le remix, c’est dans ces années là que l’on a créée la notion d’iconique ou de culte ».

Moderniser pour satisfaire les générations futures, les objets, tout comme la mode, se font et se défont à l’aube des nouvelles tendances dans un cercle infini de créations.

 

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Tabouret Diabolo TamTam – Branex

Par Laurène Delion

 




 

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