Dossier – Couleur et Architecture

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Retour sur…

Rencontre avec Marie-Pierre Servantie, chromo-architecte® DPLG (agence Architecture Couleur), Présidente de l’association « Académie de la couleur » et auteur du livre « Chromo-architecture » (2007, Alternatives) sur le dos duquel on peut lire « l’architecture a largement oublié la couleur »…

Des orangés délavés aux verts kaki en passant par des bruns peu lumineux, c’était les couleurs «in» des barres HLM des années 70’. Mal inspiré en suivant le « Bauhaus », on a longtemps cru que mettre en couleur ces hauts blocs en béton les rendraient moins austères, moins inhumains, plus modernes. Les couleurs fades aux formes grossières et géométriques et sans considérations globales, ont vite lassé, ne faisant que renforcer la stigmatisation autours des logements sociaux.

« La couleur a été rejeté, au moment où elle pouvait faire une entrée fracassante et intelligente. Les promoteurs, les industriels et la population ont dit « on veut du bon chic bon genre, on veut des tons pierres et des tons neutres ». Mal utilisée, la couleur a finalement laissé place aux constructions en béton brute, acier, verre et galva. Résultat, « on a baigné pendant 20 ans, des années 80 au années 2000, dans du gris aseptisé ». Le ras-le-bol s’est fait sentir, « on a eu un besoin de couleur, c’est physiologique. La couleur à un impact psychologique et émotionnelle. C’est une énergie, elle vient de la lumière».

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Prudents, les architectes ont commencé par mettre des touches de blanc, de noir et après des touches de couleurs. Au début des années 2000, la couleur en architecture est utilisée avec parcimonie alors qu’aujourd’hui certains architectes se lâchent et « osent le multicolore ». Un vrai métier. Marie-Pierre Servantie est l’une des rares à combiner architecture et couleur en environnement. Elle s’est passionnée pour la couleur en première année d’architecture. Mais à l’époque, au début des années 80, le cours, ne remportant pas assez de succès, sera finalement abandonné. « En cinq ans, la couleur n’a plus jamais été abordée, j’ai donc décidé de me former et j’ai obtenu le premier diplôme sur le thème : Couleur dans l’environnement architectural à l’école de Bordeaux. À ma connaissance, c’était le premier et le dernier, car aujourd’hui, la couleur telle que je la conçois n’est pas enseignée ».

Depuis 2008, Marie-Pierre Servantie est à la tête de l’agence bordelaise Architecture Couleur. Elle se revendique, sans prétention aucune, chromo-architecte®. « Vivre de la couleur est difficile. Il faut réaliser de nombreux projets, j’ai donc débuté en ouvrant mon cabinet d’architecte et puis je me suis lancée ». De la construction neuve à la rénovation, principalement pour des bâtiments recevant du public, Marie-Pierre Servantie joue sur différentes intensités pour mettre en couleur les bâtiments, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. « La couleur est mon outils de travail, je l’exprime comme un matériau. L’utilisation de la couleur n’est pas subjective, elle est au contraire, très objective, très cartésienne aussi ».

 

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Car si aujourd’hui de plus en plus d’architectes travaillent la couleur, trop s’arrêtent à leurs propres goûts. Pour mettre l’architecture en couleur, il convient d’analyser et d’observer. « On ne met pas des couleurs au hasard, il faut tenir compte des goûts du clients bien sûr, mais aussi des palettes de couleurs autorisées pour les revêtements, de la lumière et la situation du projet dans son environnement et dans son usage. Une couleur ne vit pas seule, elle évolue dans un contexte ». Au-delà de son aspect esthétique, la couleur sert à créer une unité visuelle. « La mise en couleur par la peinture donne la liberté et le lien aux matériaux utilisés ». Son travail consiste à favoriser le confort visuel, « quand on arrive à contenter l’œil d’un public, on fait de l’universel ». Alors n’allait pas demander à Marie-Pierre Servantie quelles sont les couleurs de demain… « Ça me fait hérisser le poil. L’architecture n’est pas un marché, on n’est pas des vendeurs de moquettes. Il n’y a pas de mode en architecture, on construit pour des décennies, si ce n’est pour des siècles. Sinon ce serait mercantile, on devrait repeindre tous les deux ans pour s’adapter, imaginez… La mode c’est du marketing » s’esclaffe-t-elle ! « Je ne peux donc pas vous dire que la couleur de demain sera le rouge ou le bleu, ça n’a pas de sens. En revanche, il y a des tendances pour l’aménagement intérieur qui sont données par des grands maîtres. Cela amènent de nouvelles idées, après on s’en inspire » relativise-t-elle.

Travailler la couleur en architecture est un métier d’avenir, « être coloriste est un métier à part entière qu’il va falloir développer car l’utilisation de la couleur est de plus en plus demandée dans les appels d’offres ou les concours. Car si on commence à utiliser la couleur sans la comprendre, la couleur part à la catastrophe » s’inquiète Marie-Pierre Servantie. « Il n’y a pas de vilaines couleurs, il n’y a que de mauvaises harmonies » conclut-elle.

Par Laurène Delion




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