Interview : Sang Pil BAE

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Sang Pil BAE est un designer atypique et consciencieux. Ce passionné d’éclairage et de mécanique imagine des luminaires des temps modernes : Chimera Watts. Inspirée du pur style industriel, la marque s’article autour de trois concepts complémentaires : créations / reconstruction / Collection. De Séoul, à New York, Sang Pil pose aujourd’hui ses valises près du Creusot, au cœur du bassin historique de la métallurgie… Avec un rêve en tête : le Made in France.

Sang Pil, d’où venez-vous ? Qui êtes-vous ?
Je suis né à Séoul. Mes parents m’ont envoyé à 14 ans, poursuivre ma scolarité à New York. J’ai eu plusieurs métiers : œnologue, acteur, peintre, entrepreneur… Puis, j’ai décidé de maîtriser une discipline : la lumière.

D’où viennent vos envies de design ?
J’ai toujours été designer. Tout petit, je transformais les objets pour obtenir le design que j’aimais. Par exemple, si la couleur de mes chaussures ne me plaisait pas, je les repeignais. Lorsque j’ai été responsable du design de mon bar à vin à New York, j’ai travaillé sur l’éclairage. À l’époque, je collectionnais déjà depuis longtemps des objets en métal ancien !

Parlez-moi de vos passions…
J’ai toujours été fasciné par la mécanique, au sens large du terme. J’ai à plusieurs reprises démonté la radio de mon père. Une fois, j’ai même voulu savoir comment la télévision fonctionnait, et je l’ai également détruite ! Pas besoin de vous dire que cela m’a attiré de sérieux ennuis…

Mon autre fascination était celle des insectes. Mon rêve d’enfant était de devenir entomologiste. Ce qui me plaisait le plus c’était la mécanique de leur corps – comment de si petits insectes pouvaient supporter de lourdes charges et bouger leurs membres de façon si précise ?

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Que pensez-vous du grand retour du design industriel ?
Après le rejet du design « tout plastique » des années 50’ et 60’, je pense que le cours normal des choses était de revenir à l’essentiel. Le côté lourd et sombre de l’acier donne, d’une certaine manière, aux gens un sentiment de sécurité et de solidité.

Après le design minimaliste des années 90’, je crois que les designers ont eu besoin de nouvelles inspirations. Et donc, ils sont allés puiser aux sources les plus élémentaires : le style industriel. Ralph Lauren a créé une lampe qui était une copie de Woodward des années 30’. La Restoration Hardware a copié les lampes Buquet des années 20’, et OC White de 1900. La liste est longue. Un grand sujet de débat sévit toujours aux États-Unis dans le monde des collectionneurs d’objets industriels : d’un point de vue moral, ces grandes entreprises ont-elles le droit de s’approprier le design volé à des ingénieurs inconnus qui menaient des recherches sur la fonctionnalité ? Il y a des décennies Walter Gropious le savait déjà, et c’est ainsi que la fonction est devenue forme.

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Comment abordez-vous l’Objet avant de le transformer ?
Je commence toujours avec humour, il y a des tas de choses du quotidien que l’on ne regarde plus parce qu’elles sont simplement utilitaires. Ce qui est drôle, c’est de penser différemment, de détourner le cours des choses, de leur donner une autre fonction, comme l’éclairage. Ainsi nous réalisons que nous sommes entourés chaque jour d’objets extraordinaires. Je fais attention de ne pas tomber dans le kitch et de coller le plus possible à la fonction de l’objet.

Où trouvez-vous l’inspiration ?
Partout. Tenez, par exemple, je viens de dessiner la série ‘’Amsterdam’’ en regardant un pont à Séoul ! La série ‘’Brooklyn’’, en revanche, vient du pont de Brooklyn. La fonction reste la fonction. La forme, quant à elle, peut avoir différentes utilisations.

Vous détournez les objets du quotidien, vous transformer une lampe à poser en suspension… le design n’a-t-il aucune limite ?
Une de mes citations préférées est celle inspirée de Gropius : « les spécialistes sont des personnes qui répètent toujours les mêmes erreurs. Pensez en dehors du cadre, parce que le cadre vous limite ».

Peut-on parler de « design responsable » pour qualifier votre travail ?
Le thème de l’exposition de Séoul en septembre dernier au aA Design Museum, était “longévité programmée”. Mon Iphone est mort après 3 ans. Ma première lampe Ikea s’est cassée après 1 mois. Ma première lampe OC white fonctionne parfaitement depuis 1900.

Je comprends que les dirigeants des entreprises aient besoin de nourrir leurs enfants, mais étant père moi-même de 3 enfants, je ne peux pas imaginer la quantité de détritus à laquelle ils vont devoir faire face quand ils auront mon âge. J’espère que mes clients pourront transmettre mes lampes à leurs petits-enfants. C’est ma responsabilité en tant que designer.

De la Corée du Sud à la Bourgogne en passant par New York où vous avez vécu pendant 25 ans, pourquoi avez-vous choisi de faire du « made in France » ?
Les coréens et les américains ont une image romanesque de la France. Je vais vous livrer un secret de New Yorkais : les français qui vivent à NYC passent pour être les personnes les plus aventureuses qui soient. Ils pourraient ouvrir des bars dans un ghetto de Brooklyn, ces lieux deviendraient très vite très réputés. Plus tard, j’ai compris qu’ils avaient quitté la France pour pouvoir réaliser leur projet.

La Marque “Made in France” est prestigieuse. Je me suis installé près du Creusot, bassin historique de la métallurgie en France. Mon projet est de réunir les différents métiers de la métallurgie dans un atelier pour créer, concevoir et fabriquer des luminaires. Ce savoir-faire est hélas en voie d’extinction. J’espère trouver des artisans pour m’accompagner dans cette démarche et permettre à ce savoir-faire de perdurer. Ainsi mes luminaires pourront être entièrement « made in France ».

Je déplore cependant que l’administration française soit trop lourde, elle n’aide pas les jeunes entrepreneurs à s’installer en France.

Que vous réserve cette nouvelle année ?
J’espère de bonnes surprises ! Mon objectif est de commercialiser les luminaires Chimera Watts en Angleterre et en Europe du Nord. Pour cela, j’ai besoin de trouver des agents dans le nord de l’Europe. À bon entendeur !


Questionnaire de Proust :

Votre matière favorite ?
Votre matière favorite ? Le cuivre

Votre matière favorite ? Le cuivre

Votre saison favorite ?
Votre saison favorite ? L’automne

Votre saison favorite ? L’automne

Votre couleur préférée ?
Votre couleur préférée ? Le vert

Votre couleur préférée ? Le vert

Votre œuvre d’art préféré ?
Votre œuvre d’art préféré ? Les peintures de Salvador Dali

Votre œuvre d’art préféré ? Les peintures de Salvador Dali

Votre citation favorite ?
Votre citation favorite ? Il faut prendre le pouvoir, il n’est jamais donné. (Aide-toi, toi-même)

Votre citation favorite ? Il faut prendre le pouvoir, il n’est jamais donné. (Aide-toi, toi-même)

Votre objet préféré ?
Votre objet préféré ? Les sphères métalliques. Et les montres.

Votre objet préféré ? Les sphères métalliques. Et les montres.

Votre héros favori ?
Votre héros favori ? Walter Gropius et Iron man

Votre héros favori ? Walter Gropius et Iron man

Votre lecture préférée ?
Votre lecture préférée ? Les livres de Carl Segan

Votre lecture préférée ? Les livres de Carl Segan


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Par Laurène Delion




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