L’art de vivre Rinck

8 janvier 2020

Valentin Goux, en charge du développement du groupe Rinck.

Dernier ensemblier-décorateur de France, au service du mobilier d’art depuis 1841, Rinck a assis sa réputation sur la qualité de ses savoir-faire. Si son nom est associé aux plus belles années Art déco, son expertise est, désormais, réclamée aux quatre coins du monde pour concevoir les plus fastueux intérieurs. Valentin Goux, en charge du développement du groupe Rinck, a accepté de répondre à nos questions.

Comment est née la réputation de Rinck ?

C’est à l’ébéniste Maurice Rinck que l’on doit les lettres de noblesse de ce qui est, aujourd’hui, un groupe. Dans les années 30, c’est lui qui comprend l’importance de la tendance Art déco.

Il insuffle ce style aux créations de la maison. Rinck édite et fabrique des pièces uniques pour les plus grands décorateurs de l’époque. Elle crée des intérieurs entiers éblouissants de technicité et de matières précieuses (feuilles d’or, marqueterie, bronzes ciselés, bois rares).

En 1937, Maurice Rinck obtient la médaille d’or de l’innovation au Grand prix de l’Exposition Internationale de Paris. Puis, en 1958, il obtient celle de Bruxelles.

L'Atelier Rinck
L’Atelier Rinck

Aujourd’hui, dans le faubourg Saint-Antoine, haut lieu de l’artisanat d’art où les ateliers d’ébénistes se comptaient par centaine, il ne subsiste plus grand chose. Nous en sommes partis, nous aussi, pour des lieux plus adaptés à nos activités. Mais le nom de Rinck y est toujours présent par l’intermédiaire de notre agence d’architectes.

Quelles sont les activités du groupe aujourd’hui ?

Nous sommes toujours dans le très haut de gamme. Nous travaillons pour une clientèle privée, souvent internationale, qui nous demande des pièces uniques.

Nos compétences sont au service de nouveaux projets d’envergure, des grands hôtels, des restaurants étoilés. Nous avons conservé cette activité historique d’ensemblier-décorateur. Selon les projets, nous intervenons à plusieurs échelles, de la conception à la gestion de projets très haut de gamme.

En fonction des budgets qui nous sont confiés, des spécificités de chaque projet, des collaborations (par exemple, Philippe Starck depuis de nombreuses années), nous faisons travailler nos ateliers ou d’autres.

Comment se répartissent vos équipes sur le territoire ?

Nous disposons de trois sites de production. Les équipes d’architectes et de décorateurs sont à Paris.

Nos ateliers de menuiserie, d’ébénisterie et de bronzes se situent dans les Ardennes et les ateliers d’agencement multi-matériaux dans la Drôme. Nous ne pouvions plus produire dans le faubourg Saint-Antoine.

Le quartier s’est densifié, gentrifié. Difficile de ne pas faire de bruit avec nos machines ou de faire des livraisons facilement.

Qui sont les clients de Rinck ?

Ce sont des gens qui viennent chercher un raffinement « à la française ». Ce sont des gens curieux, qui se renseignent sur internet, qui interrogent, toujours exigeants.

Collection Beethoven - © Hervé Goluza Rinck
Collection Beethoven – © Hervé Goluza Rinck

Ils sont à la recherche d’un meuble, ou de l’aménagement d’une villa de 1600m². Ils ne sont pas forcément de culture occidentale. Notre entreprise est une entreprise de services et nous ne l’oublions pas : nous sommes là pour leur faire découvrir nos univers, nos styles, pour les éduquer aussi. 

Nous les aidons à préciser leurs envies en les prenant par la main. Ils découvrent nos archives, voient nos ateliers, rencontrent nos artisans. Le fait main est très respecté.

Rinck leur vend du rêve ?

Le rêve est une vision tronquée de la réalité que nous pouvons leur offrir. C’est le cas pour beaucoup de clients internationaux qui se sont fait leur idée après avoir vu un film historique.

Collection Beethoven - © Hervé Goluza Rinck
Collection Beethoven – © Hervé Goluza Rinck

La vision du style Louis XVI à travers le film de Sofia Coppola sur Marie-Antoinette en est un bon exemple. La version qu’ils ont en tête tient de la pop culture. Nous, nous sommes là pour replacer leur projet dans la réalité de l’époque, pour leur expliquer à quoi correspond un style, en détailler les couleurs, les matériaux, les finitions et le mobilier.

Le contemporain inspire-t-il Rinck ?

C’est dans notre ADN. Rinck a été créé au XIXème siècle, à une époque où l’on réinterprétait le style XVIIIème avec des techniques industrielles. Rinck est devenu une très belle entreprise, plutôt importante pour son temps, à la fin des années 20, avec l’Art Déco.

Et l’innovation arrive au premier plan. C’est comme ça que l’entreprise s’est développée. L’Art déco, pour l’époque, c’était du contemporain. Mais c’était du contemporain inspiré des époques précédentes. Chez Ruhlmann, par exemple, les lignes d’un meuble Art Déco sont des lignes classiques tirées à l’extrême. Nous nous plaçons dans cette continuité.

Nos univers contemporains sont issus de notre histoire. De ce fait, nous ne serons jamais dans le brutalisme ou dans l’abstraction, ce n’est pas Rinck.

Votre univers est-il sujet aux tendances ?

Bien évidemment. Depuis quelques années, on nous demande beaucoup d’Art déco, ou de contemporain inspiré de l’Art déco. Les matériaux Art Déco sont très recherchés. Par exemple, les parchemins, le galuchat, certains placages que l’on ne trouve quasiment plus.

Collection Beethoven - © Hervé Goluza Rinck
Collection Beethoven – © Hervé Goluza Rinck

Comme Rinck a une vraie légitimité, les projets sont nombreux. Dans nos ateliers, ce sont des artisans d’art qui les réalisent en s’inspirant des plans de l’époque.

De quelles archives disposez-vous ?

De 150 ans de plans, d’archives de modèles de bronze, par centaine. Nous avons conservé tous les carnets de croquis depuis les années 20, tous les relevés sur les chantiers. Ce sont elles qui nous ont inspirés pour la création de notre prochaine ligne de mobilier contemporain.  

C’est un nouveau projet pour Rinck ?

Bien plus que cela. Il s’agit d’un événement car nous n’avions plus produit de collection de meubles depuis 35 ans. Nous venons d’en dévoiler un élément, un peu comme une mise en bouche : le cabinet « Beethoven ».

C’est le dernier né des ateliers d’ébénisterie. Une caisse en noyer américain, incrustée d’un cheminement en laiton brillant dont le graphisme fait écho au piétement patiné noir, un intérieur en ardoise brute, des étagères en cuir grainé.

C’est le retour de Rinck sur le devant de la scène, et, sans aucun doute, pour le plus grand bonheur des amateurs de pièces d’exception.

Propos recueillis par Mireille Mazurier – Source : Architecture Bois N°91 (avril-mai)

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