Architecte DPLG et ancien élève de l’Ecole Boulle, Philippe Demougeot est devenue une figure emblématique de l’architecture  d’intérieur par le biais de la rubrique SOS Maison pour le magazine «  Question Maison  » diffusé par France 5. Il est également l’auteur d’ouvrages consacré à l’optimisation des espaces, sur le principe d’  » avant-après  ». Aujourd’hui, au sein de son agence PROD,  People’s Republic of Design, il continue «  à donner le beau et le mieux  », une devise qu’il a faite sienne.

Philippe Demougeot

Qu’est-ce que l’architecture d’intérieur ?

C’est la gestion et la prise en compte des volumes, de la lumière, des circulations et de la distribution d’un lieu de vie (appartement, maison), de travail (bureau) ou de loisir/tourisme (hôtel, restaurant).

A-t-elle évolué depuis votre sortie de l’école Boulle ?

plan/renovationElle a évolué car elle s’est démocratisée dans les vingt dernières années. Aujourd’hui, l’architecture d’intérieur, c’est aussi la gestion, l’intégration ou la disparition des rangements ou des gros éléments comme les cuisines ou les dressings. On voit aujourd’hui beaucoup d’intérieurs avec des meubles vintage ou des meubles choisis, et de moins en moins ou très peu d’armoires. Les cuisines ou les dressings peuvent aussi être intégrés, pour éviter qu’ils soient comme des ovnis, posés dans un lieu.


Quel a été votre premier chantier ?

C’était un appartement que j’ai fait avec mon collègue de l’école Boulle, dans le Nord de Paris, un duplex pour des gens très aisés, pour lesquels on a fait une espèce de morceau de bravoure ; c’est-à-dire que je ne suis pas sûr que c’était cohérent, mais on a fait tout ce dont on avait envie (escalier en verre, laque sur les murs… pas un centimètre carré qui n’était pas été dessiné).

Quels sont les points communs entre un architecte dplg et un architecte d’intérieur ? Où sont leurs différences ?

Le point commun c’est qu’ils sont tous deux architectes, et qu’ils ont donc comme activités communes de dessiner, de réussir des volumes et de jouer avec la lumière, pour faire en sorte que l’homme se sente bien. L’architecte déborde sur l’extérieur car il intervient dans la rue. Il prend en compte l’échelle de l’homme plus socialement, en faisant en sorte qu’il se sente bien dans son environnement extérieur, mais cette échelle écrase l’homme. Alors que l’architecte d’intérieur, puisqu’il est «  à l’intérieur  », va plutôt valoriser la personne en rentrant dans son univers intime. La différence entre l’architecte et l’architecte d’intérieur, c’est donc que le premier est un homme du social, et le second un homme de l’intime. Ensuite, il existe la différence administrative. L’appellation «  dplg  » (diplômé par le gouvernement), signifie que l’architecte concerné peut signer des permis de construire. L’architecte d’intérieur est non dplg : même s’il est agréé par l’ordre des architectes car il a suivi une certaine formation et a donc des compétences techniques et spécifiques que n’ont pas forcément les décorateurs, il ne peut pas signer de permis de construire.

sejour/cuisine/reamenagement

Que vous ont apporté vos années passées en Chine ?

Ces années m’ont apporté de travailler beaucoup, dans un univers impitoyable, car j’étais à Shanghai quand le pays se développait à une vitesse folle. Il fallait être super réactif, sans état d’âme, c’est-à-dire produire des projets extrêmement vite, à un rythme épuisant et extrêmement énergivore. Au final, cela donne une expérience accélérée : les deux ans passés en Chine en auraient peut-être valu dix en France.

Quel est le chantier qui vous a apporté le plus de satisfaction en tant qu’architecte d’intérieur ? En tant qu’architecte dplg ?

Probablement la rénovation du tout premier grand loft que j’ai fait. C’était à Paris, c’était mon premier gros chantier. Le propriétaire me faisait une confiance entière pour aménager un rez-de-chaussée et un sous-sol de 300 m2, ce qui est une aubaine quand on est un jeune architecte, et j’ai pu vraiment me lâcher. Cette rénovation a aussi fait l’objet d’articles dans différentes parutions (Le Disparu, Maison madame Figaro, Le Monde…). Sans le vouloir, ce chantier a déclenché pas mal de choses.En tant qu’architecte dplg, c’est dur à dire car cette activité est vraiment soumise à celle d’architecte d’intérieur. Ma satisfaction passe par l’intérieur. Après, s’il n’y a pas de peau ou pas de boîte, je la fabrique pour qu’à l’intérieur on soit bien. Je n’ai pas une obsession de la forme extérieure d’un bâtiment ; je pense qu’elle doit rendre compte de ce qui se passe à l’intérieur, quand il s’agit d’une maison, et ça, ça fait plus d’un siècle que tout le monde est d’accord là-dessus. Moi, j’ai une déformation professionnelle qui fait que je conçois un lieu de vie par l’intérieur et qu’après je l’habille ; je fais, alors, en sorte que l’ensemble rentre dans le règlement d’urbanisme.

A quoi faites-vous «  immédiatement  » attention en entrant dans un lieu que vous aurez à transformer ?

Je prends tout d’abord en compte le client. Je cherche à le connaître, je l’écoute, puis j’essaie de concevoir l’endroit de manière à ce que ça qui lui corresponde. Tout part du client, de ses besoins, de ses goûts, de ses moyens et de son caractère.


Conservez-vous de vos années à Sciences Po, un savoir qui vous sert encore aujourd’hui ?

J’ai fait trois années à Sciences Po. Ces années m’ont permis de mûrir et de trouver ma voie dans l’architecture. J’étais un peu lent à la maturation et il a fallu ces études avant que je m’attaque à ce qui me plait vraiment. Cela m’a permis de mûrir et  d’être sûr de la direction que je voulais prendre ensuite. Mais je ne me sers pas tous les jours de l’histoire du gaullisme, même si c’est toujours bon de l’avoir dans un coin de sa tête.


Quels sont, à travers l’histoire, vos artistes, architectes d’intérieur et architectes bâtisseurs de référence ? Et pour quelles raisons ?

J’ai un gros faible pour l’architecture d’intérieur des années 30 qui a vu une espèce de revival des appartements de grand luxe, les transformant en petits châteaux contemporains du vingtième siècle. Par ailleurs, je suis sensible aux réalisations d’Hector Guimard qui possèdent un côté baroque-naturel tout en étant de leur temps, et celles de Ludwig Mies van der Rohe qui pratique le nettoyage complet de la ligne, chez lui, l’épure est au maximum. D’un autre côté, j’aime bien Le Corbusier pour sa manière impérialiste de faire les choses, même s’il se trompait parfois. J’aime encore Auguste Perret, un grand nom de l’urbanisme des villes reconstruites après guerre. J’ai longtemps cru être attiré par l’utilisation du béton, mais je suis, en fait, très sensible à une architecture qui se pose, qui a de la matière, de la présence. En revanche, l’architecture de verre des années 80 ou d’aujourd’hui me touche moins.


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Quel serait le chantier que l’on ne vous a encore jamais proposé ?

J’aimerais beaucoup travailler dans des espaces de vie qui ne sont pas des appartements, mais des hôtels, des restaurants ou des bureaux. J’ai déjà une petite expérience dans ces domaines, mais elle reste inassouvie ; ou alors j’étais trop jeune et je ne suis pas allé aussi loin que je l’aurais aimé. J’aimerais aussi participer à une aventure d’édition autour de quelques meubles, cela me tient à cœur.

A l’Ecole Boulle, vous avez appris à reconnaître, et à aimer, «  la belle ouvrage  », le travail bien fait, le beau geste : comment cela se retrouve-t-il dans vos chantiers ?

Cela se retrouve dans ma façon d’aller au fond des détails. Je chercher à maîtriser la mise en œuvre d’un chantier jusque dans le moindre détail. Mon souci est d’éviter qu’en cours de construction, n’apparaisse une complication, un énorme défaut ou une chose à laquelle on n’aurait pas pensé. Il faut que, dans ma tête, j’aie tout construit de la réalisation ; d’ailleurs si je n’agis pas ainsi, je ne peux pas dessiner, je bloque. C’est cette démarche cérébrale qui me vient de l’Ecole Boulle. Je rajouterai aussi que j’y ai appris le respect de tous les métiers d’art du XIXème siècle (ferronnerie, tapisserie ancienne…). Par le biais de ces œuvres d’un grand classicisme, dont je ne me sers pas forcément tout le temps, j’ai acquis une compréhension quasiment instantanée de tout objet, de tout lieu, de ce que l’on peut en faire et comment la modifier.

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Un architecte d’intérieur est-il un artiste ? Vous-même, quel regard portez-vous sur votre fonction ?

Je dirai que je le suis à 5 % du temps. Il s’agit des 5 % indispensables pour que les 95 % restants qui sont l’exécution, la comptabilité, les coups de fil et les mails, amènent à quelque chose d’intéressant. Il faut forcément une fibre créative dans ce métier. Après, l’artiste, lui,  se fabrique son propre cahier des charges, tandis que l’architecte a un cahier des charges qui vient de l’extérieur, avec lequel il doit composer. C’est donc un artiste qui doit savoir écouter les autres, pas forcément un artiste à part entière, si on se base sur la définition. Pour ma part, j’essaie d’exercer librement ma profession d’architecte d’intérieur et d’architecte, sans contraintes et avec beaucoup de chance.

Quel est le plus beau compliment que l’un (l’une) de vos clients vous a fait ?

C’est qu’ils ne me rappellent pas au sujet du logement, c’est-à-dire qu’ils en profitent tellement qu’ils m’oublient, ils s’y sont installés et ils y sont bien. Sinon ils m’appellent aussi parfois pour d’autres biens, donc c’est bon signe.

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Texte : Mireille Mazurier

2 Comments

  1. Saulhe

    Quels sont les titres et les interprètes des chansons qui accompagnent la présentation de votre site.
    En fait je cherchait des informations concernant les transformations que vous avez réalisées sur la maison surnommée ” le Castel Moderne” . J’aurais voulu connaître l’avant et l’après transformation, intérieure et extérieure, ceci à des fins non commerciales, par intérêt artistique personnel.
    Merci de votre réponse et félicitations pour tous vos travaux.

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