Le mobilier selon Dasras

18 décembre 2019

Avec son ancrage français, au cœur de Méral, petite commune de Mayenne et son savoir-faire qui s’est affirmé à travers cinq générations, Dasras a pris le virage du design. Sans esbrouffe, en s’appuyant sur la qualité de ses acquis et la fibre artistique de ses designers, Dasras poursuit son histoire dans un univers du meuble en pleine mutation. Florian Dasras, designer, architecte, aujourd’hui à la tête de l’entreprise familiale, répond à nos questions.

Entre Dasras et le bois, c’est une histoire de famille ?

Tout a commencé avec mon arrière-arrière-grand-père, charron dans son village. C’était une activité très locale, mêlant le travail du bois et de métal dans différents domaines : matériel agricole, chaudronnerie liée aux tonneaux, mobilier, menuiserie.

Le savoir-faire s’est transmis, s’adaptant à fois aux besoins de l’époque, jusqu’à mon père qui a décidé de se concentrer sur la fabrication de meubles. Le Merisier, le Chêne et le Noyer ont traversé les ans à nos côtés.

Vous reprenez l’entreprise, fin 2017. Pourquoi l’orienter vers le design et le sur-mesure ?

Le sur-mesure répond à une vraie demande, celle du consommateur actuel qui, pour aménager au mieux son intérieur, n’a que deux solutions : soit passer par un agenceur qui fait du mobilier sur-mesure vraiment adapté à ses besoins.

Mais on est, alors, souvent, sur des projets qui se ressemblent, avec beaucoup d’éléments très cubiques à intégrer. Soit acheter sur catalogue des produits existants, qui ne sont que rarement adaptés aux dimensions des pièces à meubler.

Le mobilier Dasras offre une alternative. Il intègre les deux solutions en proposant un éventail de produits designés, pour lesquels il existe plusieurs dimensions. Un exemple, la banquette Paul, que l’on peut décliner à souhait. Nous la proposons soit en simple fauteuil, soit en banquette double.

Le concept, c’est de s’appuyer sur les produits standards présentés dans notre catalogue et de les adapter à des projets sur-mesure. C’est la force de notre société : un produit de catalogue qui plaît à un client, mais qui ne correspond pas en termes de dimensions, pourra être adapté et devenir un élément sur-mesure unique.

Table design en bois Bistrot - © Dasras
Table design en bois Bistrot – © Dasras

Pourquoi faire appel à des designers ?

Travailler avec des designers, c’est adapter le savoir-faire historique de l’entreprise au goût du jour, l’actualiser.

Faire travailler Guillaume Delvigne sur un projet de table, c’était lui permettre de prolonger notre histoire, car la conception de tables fait partie de notre ADN, tout en lui proposant d’apposer sa patte.

Guillaume a travaillé sur un plateau le plus léger possible visuellement, supporté par une colonne centrale, à l’image d’un chevron de charpente. D’où le nom de la collection : Chevron.


Table – Collection Chevron
© Dasras

L’autre défi, c’était que cette table soit démontable sans que les fixations métalliques soient apparentes. Ce faisant, on a réalisé un produit conforme visuellement aux codes de l’ébénisterie.

Tabouret – Collection Chevron
© Dasras

Mais il intègre, en plus, toutes les caractéristiques des assemblages contemporains pour en faciliter la livraison et l’installation. La table Chevron correspond à une nouvelle évolution de l’identité de la marque.

Vous envisagez de nouvelles gammes ?

Nous travaillons avec Pierre Dubourg, pour le salon Maison & Objets où seront exposés une table et une série de meubles de rangement.

Nous avons aussi un projet avec le studio Voisin Guillemin. De nouvelles collaborations sont prévues avec nos designers “historiques”, Guillaume Delvigne et Didier Versavel. Avec Guillaume, nous allons encore développer la gamme Chevron en proposant un fauteuil.

Avec Didier Versavel, nous travaillons sur du mobilier de bureau. Nous avons aussi un projet de canapé pour lequel nous travaillons en partenariat avec l’Ameublement Français. Le projet intègre l’incubateur du label Via 2019.

Quel regard portez-vous sur le marché du mobilier design?

Avec le recul, on s’aperçoit que présenter des produits pour alimenter la communication, ce n’est pas forcément ce qui fait vivre l’entreprise.

Aujourd’hui, il y a une part incontournable de produits “images” que l’on développe afin de mettre en avant nos savoir-faire. Mais pour les autres collections, il faut que nous ayons des produits avec un cycle de vie minimum d’au moins deux ans avant de les retirer du catalogue.

Banc en bois et tissus - Collection Buzz © Dasras
Banc en bois et tissus – Collection Buzz © Dasras

Il y a eu un mouvement, totalement lié à la mode, pour lequel nous nous devions de créer des collections annuelles, ce qui était déjà beaucoup.

Désormais, on se doit d’avoir des nouveautés à présenter régulièrement. Du coup, on travaille plutôt sur du complément de gamme, comme pour la collection Chevron.

En fonction de la réaction des consommateurs, de leur engouement, on complète en créant des produits satellites qui, petit à petit, forment et étoffent la collection.

À quoi ressemblera le mobilier Dasras de demain ?

Une nouvelle façon de vivre est en train de s’installer. Les produits vont évoluer. Ils n’existent peut-être pas forcément aujourd’hui. C’est aussi ce qui est intéressant.

Table de repas Paul © Dasras
Table de repas Paul © Dasras

Se poser la question de savoir, d’ici à 10 ans, ce que sera le marché du meuble ? Les produits connectés se développent très vite. Il faudra peut-être en tenir compte dans la conception. Mais de quelle façon ? Embarquer de la technologie type “Google Home”, pourquoi pas, mais comment la prendre en compte ?

Il y a aussi des notions de cycle de vie à envisager. Un produit technologique vit en moyenne deux ans. Si nous vendons une table, et qu’au bout de ce laps de temps, la technologie ne fonctionne plus, ça va nous poser un problème.  Il faut être vigilant à toutes ces évolutions pour rester présent sur le marché.

Propos recueillis par Mireille Mazurier

Source : Architecture Bois N°90 (février-mars 2019)

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.