Marc Ange : designer fantasque

24 septembre 2018

Marc Ange designer

Vivant à Los Angeles, ce jeune designer de talent s’est inventé un monde fantasmagorique fait de pièces iconiques très remarquées par les particuliers sur Instagram et par les grandes marques de luxe. Ses créations, fruits d’un travail passionné et minutieux, explorent plusieurs univers. Il nous explique sa vision du monde, dans cette interview exclusive pour LSD Mag.

Quel est votre parcours ?

J’ai commencé ma carrière en tant que designer automobile en Italie. Quand j’étais adolescent, je rêvais de dessiner des voitures, mais après quelques années, j’ai eu envie d’explorer d’autres univers.

Je suis donc rentré à Paris, où j’ai monté mon agence Bloom Room… Mais je ne connaissais que le monde de l’automobile, c’est donc en dessinant des concept-cars pour des grandes marques que j’ai pu proposer de dessiner aussi des produits dérivés, puis des concepts de showroom. C’est avec cette petite expérience que je suis allé démarcher des marques de luxe, de spiritueux, et que j’ai commencé à me faire ma place dans le monde de l’objet. Aujourd’hui j’ai la chance de toucher, avec mes agences de Paris et de L.A, à tous les univers de la création, en partant des véhicules jusqu’au résidentiel de luxe, en passant par le parfum ou l’hôtellerie.

 The Ponte, un restaurant à l’esprit trattoria italienne au cœur de Los Angeles, véritable hot spot et repère de célébrités telles que Gwyneth Paltrow et Justin Timberlake © Minht T

The Ponte, un restaurant à l’esprit trattoria italienne au cœur de Los Angeles, véritable hot spot et repère de célébrités telles que Gwyneth Paltrow et Justin Timberlake © Minht T

 

À quel moment est née cette passion pour le design ?

Étant enfant je dessinais tout le temps. Je vivais dans mes dessins, et je confondais parfois mon imaginaire avec le monde réel. J’ai développé un penchant naturel pour la création très tôt. Je n’avais donc le choix qu’entre créer des choses utiles au quotidien en devenant un designer, ou créer des choses utiles à l’émotion, en devenant un artiste. Je n’ai pas su choisir alors j’ai décidé de faire les deux.

Quels matériaux aimez-vous travailler ?

Je ne suis pas un designer qui part de la matière. Mon approche technique s’étant construite dans le monde de l’automobile, j’ai une conception différente de la plupart des designers issus du produit ou du mobilier.

Je vois le matériau comme une expression d’une histoire ou d’un univers, et je suis donc peu fidèle à tel ou tel matériau.

Les lampes refuge présentées lors de la dernière Design Week de Milan

Les lampes refuge présentées lors de la dernière Design Week de Milan

Comment abordez-vous les matériaux avant de le transformer ?

J’ai toujours été convaincu que l’on est meilleurs en équipe. Je suis pourtant très solitaire dans ma construction mentale d’une idée, mais pour la réaliser, je m’appuie toujours sur des spécialistes. Comme je choisis les matériaux sur des critères plus conceptuels que techniques, je travaille ensuite avec des experts pour trouver les solutions magiques qui rendent les rêves, réalités.

Quelle rencontre a le plus compté dans votre carrière ?

D’abord ma famille, même s’il ne s’agit pas d’une rencontre à proprement parlé, a marqué, volontairement ou non mon esprit et l’a contraint à s’incliner vers l’imaginaire.

Puis ma femme, qui est devenue le balancier de mon “art”. Elle donne un sens à ce que je fais, et transforme mes introspections en lumière.

Laquelle de vos créations vous a le plus marqué ?

Je ne suis jamais attaché à mes créations. Une fois expulsées, je les rejette presque. Je pense toujours à la suivante. Mais Le Refuge est la création qui a le plus marqué le public, et la manière dont le public a réagi m’a beaucoup marqué.

Le Refuge - pièce la plus "instagrammée" pendant le Salone del Mobile 2017

Le Refuge – pièce la plus “instagrammée” pendant le Salone del Mobile 2017

D’où puisez-vous l’inspiration ?

Je laisse mon inconscient cuisiner ensemble les images que j’absorbe, les souvenirs, les rêves, et les peurs de mon enfance.

Marc Ange a présenté lors de la dernière Milan Design Week de nouvelles pièces comme le fauteuil géant Le Roi

Marc Ange a présenté lors de la dernière Milan Design Week de nouvelles pièces comme le fauteuil géant Le Roi

Avec qui ou quelle marque aimeriez-vous travailler ?

J’ai la chance de travailler avec de nombreuses marques. En revanche j’aimerais beaucoup créer quelque chose aux cotés de David Lynch que j’admire beaucoup.

Quelle place donnez-vous à l’écologie dans votre entreprise ?

Nous avons une approche technique très moderne dans nos métiers, nous avons besoin de très peu de chose. La conscience écologique se situe plutôt dans les projets que nous créons pour les autres.

Quelles sont vos passions en dehors de votre métier de designer ?

Je suis passionné par l’art évidemment. Quasiment que ça. Que ce soit le cinéma ou l’art contemporain, je crois que peu d’autres choses me touchent. Même le voyage, qui pourrait s’apparenter à une passion pour moi, est plus une expérience artistique.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Je travaille actuellement sur de très beaux projets, en France et à l’étranger, notamment sur des sujets assez mythiques…

Je prépare aussi activement mes prochaines expositions pour Art Basel notamment. Et je travaille sur une idée très personnelle, plus proche d’une expression purement artistique que d’une création de designer.

Les Araignées, présentées au Faena Hotel lors de la dernière édition du Miami Art Basel

Portrait chinois

Si vous étiez une ville ? Rome, où je suis né.

Si vous étiez une couleur ? Un jaune pâle peut-être. Et parfois un noir profond.

Si vous étiez un objet ? Un objet de culte.

Si vous étiez un film ? Deserto Rosso de Michelangelo Antonioni.

Si vous étiez un meuble ? Un Cabinet à secrets.

Si vous étiez un type d’art ? Peinture classique de la renaissance italienne.

Si vous étiez un plat ? Paccheri all’amatriciana (normalement l’amatriciana se fait plutôt avec des spaghetti ou des bucatini, mais je préfere les Paccheri).

Si vous étiez une chanson ? Les Marquises – Jacques Brel.

Si vous étiez une voiture ? C’est très prétentieux, mais je serais une Ferrari 365 Daytona.

Si vous étiez un mot ? Pendant.

Si vous étiez un animal ? Un vieux lion amaigri.

Si vous étiez une célébrité ? Personne, cela me ferait peur.

Si vous étiez une religion ? Aucune, ou un mélange de toutes, une foi profonde sans la soumission à aucun dogme.

Plus d’informations : www.bloomroomstudio.com

Photo de Une : Marc Ange © Jester Jungco

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