L’architecte en devenir, c’est lui ! Installé à Paris, Félix Millory est à l’initiative de projets dans des boutiques et restaurants. Mais ce qu’il aime par dessus tout, c’est redonner une 2nde jeunesse aux maisons et appartements chargés d’histoire. Passionné par son métier, c’est avec un grand plaisir qu’il s’est livré à nous pour en parler.

Vous souhaitiez être designer, finalement, vous vous tournez vers l’architecture, pourquoi ? Qu’est-ce-qui vous intéresse dans ce métier ?

Plus jeune, j’aimais beaucoup dessiner, imaginer, construire, mais aussi déconstruire, au grand dam de mes parents… J’étais très intrigué par la façon dont se construisent et fonctionnent les choses. Ainsi, l’architecture est devenue très rapidement le compromis parfait entre cette nécessité de création et cette soif de résolution d’énigmes qui m’animait. L’architecture est un peu au carrefour d’une multiplicité de disciplines, dont certaines sont concrètes et d’autres plus abstraites. Ce qui me fascine reste la technique, au service de l’esthétique. Comme une obsession furieuse et une rage de la réaliser.

Quel parallèle faites-vous entre design, architecture et mode ?

Dans les trois, le maître-mot est la création. Seule l’échelle change et c’est ce qui est intéressant. Tout est vision, fonction et réalisation.

En 2006, une marque parisienne m’a demandé de dessiner et réaliser une collection de bijoux. Ce fut comme dessiner de l’architecture, mais en plus dense mais surtout en plus rapide, c’est vrai.

Est-ce parce que votre côté créatif ne s’exprimait pas assez dans vos études d’ingénieur que vous y avez, également, renoncé ? Est-ce-que cela vous a apporté quelque chose ?

C’est l’envie de connaître le fonctionnement des choses qui m’a orienté vers des études scientifiques. L’ingénierie me semblait être la voie à suivre, mais il me manquait quelque chose. Il m’a fallu peu de temps pour comprendre que la création était essentielle à mon bien être. Un peu comme une balance. J’ai pourtant appris la rigueur, en justifiant tout par le raisonnement notamment, mais aussi à gérer une intense masse de travail sans me laisser submerger.

Pour arriver là où vous en êtes aujourd’hui, avez-vous eu le sentiment de devoir faire des concessions ?

J’ai eu beaucoup de chance dans mes rencontres et mon parcours professionnel comme personnel. Des portes se sont ouvertes à moi, mais il m’a fallu être très assidu et courageux pour maintenir le cap et tenir bon. Ce n’est que le début et les seules concessions sont de l’ordre du privé. Il m’est encore difficile aujourd’hui de régir ma vie privée et me libérer pour mes amis. Mais la plupart de mes proches le comprennent et me soutiennent dans cette aventure sans relâche.

Quel chantier vous a le plus marqué et pourquoi ?

Celui de Vanessa Paradis sans aucun doute ! C’était le tout premier d’une longue liste en tant qu’indépendant. Il a lancé la machine car j’étais encore bien jeune et naïf sur la profession et mon exercice, même si je m’étais préparé pendant mon expérience en agence. Là, j’étais en première ligne ! Et tous les éléments étaient réunis pour faire de ce projet, une expérience marquante : la cliente, la taille de l’appartement, le budget, la complexité technique, la structure, ou encore les détails. J’ai vu les bons côtés, comme les plus complexes, les plus délicats et ceux auxquels je n’avais pas encore été confronté…les contrats ou les normes qui régissent les marchés privés notamment.

Comment avez-vous abordé ce chantier ? Qu’avez-vous ressenti ?

J’ai quitté mon travail d’agence pour ce projet, je ne le regrette vraiment pas. Ce dernier ne représente pas il me semble, le style de l’agence à ce jour. C’était un peu la métaphore des deux chemins, l’un vers la vie calme et tranquille, l’autre vers l’aventure. Et moi, j’ai choisi l’aventure. En revanche, ce projet a été très compliqué. Bien que les échanges avec Vanessa aient été vraiment agréables, on manquait énormément de temps. Aussi, il y a eu des malentendus vers la fin du projet, et des conflits avec des entreprises et des huissiers… Un peu de mauvaise fois et surtout beaucoup de sueur. Un vrai challenge! Mais le résultat était superbe. C’est le projet le plus formateur auquel j’ai participé. Et puis, on apprend à chaque projet !

Quelles sont vos plus grandes inquiétudes et à l’inverse vos plus grandes satisfactions ?

Je suis quelqu’un de nature inquiète, autant dans la vie professionnelle que personnelle. Je remets souvent les choses en question, plus dans un but d’ajustement et de recherche de perfection que de destruction. J’anticipe trop souvent par la négative, notamment sur les chantiers, et cela me permet de gérer les risques et les délais plus précisément.

Ma plus grande satisfaction est lorsqu’un client est content de notre travail, quand il se sent bien chez lui. C’est une grande victoire compte tenu de l’état des biens avant travaux et de leur manque de projection sur le produit final. Je crois que je mets beaucoup (trop) de cœur à l’ouvrage. C’est à double tranchant : plein de satisfaction, de joies, d’inquiétudes et d’angoisses à la fois.

Les personnalités connues faisant appel à vos services sont-elles généralement plus exigeantes que les autres ?

Tout le monde est exigeant, surtout dans le domaine du privé. Je pense que c’est plutôt dans le processus ou l’échange que les choses diffèrent. La disponibilité n’est souvent pas la même, le dialogue devient saccadé et parfois le projet peut en pâtir. La communication est essentielle dans le processus d’études car l’échange nourri notre travail. Il ne faut rien forcer, tout doit se faire simplement, avec douceur et évidence. Pour cela il faut du temps pour discuter du projet.

Charlotte Monier pour LeBonbon l’a retranscrit dans la biographie qu’elle fait de vous. Ce qui vous plaît le plus dans votre métier c’est le rapport avec vos clients. Acceptez-vous tous les projets qu’on vous demande de réaliser ?

C’est vrai que c’est en partie ce qui me motive quotidiennement. Mais aussi, le travail avec les entreprises. L’humain prime énormément dans mon quotidien à l’agence. Lorsque qu’on travaille pour des clients privés, on passe au minimum 6 à 10 mois avec eux et souvent ils ne savent pas ou peu dans quoi ils mettent les pieds. Alors on les assiste, les écoute, les conseille, et les aide à parfaire leur goût… On fait notre possible pour être à l’écoute et trouver les meilleures solutions possibles. Je suis aussi très friand de projets atypiques ou coups de cœur. Coups de cœur qui proviennent du client comme de l’appartement. Ça m’arrive souvent, c’est un métier passionnant !

Sur quel type de chantier préférez-vous travailler ?

Je crois que ça s’entend, j’adore travailler sur les maisons et les appartements, mais par dessus tout, sur un bien qui a une histoire. J’aime lui redonner une seconde vie, construite à partir de la première. Un renouveau… un second souffle… C’est fascinant !

Avec quels matériaux avez-vous l’habitude de travailler ?

Le bois, le métal, le béton et le marbre restent mon panel de matériaux favoris. J’aime aussi ceux que l’ont dits “bruts industriels” et qu’on peut parfois trouver sur les chantiers tout comme un vieux mur patiné par le temps (ou un artisan). Tout l’enjeu est d’adapter cela à mes clients en recherche d’une identité pour leur intérieur.

Comment décririez-vous votre travail, votre univers ?

Mon univers est fait de matières brutes, de lignes sobres et épurées. J’aime l’exactitude mais aussi l’évidence d’un espace. Je reste simple dans ma façon d’appréhender les choses. Je ne lui impose rien, c’est souvent lui qui, dénudé, parle de lui-même. L’approche de notre agence est d’occuper le vide par le vide, de l’agencer sans le combler, de suggérer sans imposer. Un travail de finesse et d’élégance ! Mais toujours en tenant compte du bien être et besoins de nos clients. Les prestations fournies doivent être à la hauteur de leurs espérances afin qu’ils se sentent à l’aise chez eux. Tout ça est très important !

J’imagine qu’aujourd’hui vous vivez de votre passion, cela a t-il toujours été le cas ?

Oui c’est le cas. J’aime énormément mon travail, parfois trop je dois l’avouer. Ma passion s’est construite avec le temps, car au début c’était seulement de la curiosité. J’ai toujours pris les choses à cœur. L’amour de ce que l’on aime guide beaucoup et donne de la force à tout ce qu’on fait. Je crois que c’est ce qu’il m’a manqué pendant mon passage en Math Sup.

Quels projets vous attendent pour 2016 et à venir ?

2016 s’annonce comme un tournant dans mon exercice professionnel. C’est un peu le point de départ de quelque chose de plus grand, de plus gros et j’espère de plus beau. L’agence grossie à vu d’œil et les projets s’annoncent aussi divers que variés. En plus des appartements et maisons, des pôles se développent, restaurants ou bureaux notamment.  Nous allons déménager pour avoir un bureau plus grand afin de stabiliser l’équipe et d’avancer dans la joie et le travail. J’ai hâte de pouvoir vous montrer les prochains projets comme le nouveau restaurant de Kaviar Petrossian, ou encore de beaux appartements, des maisons, des boutiques…

Portrait chinois :

  • Si vous étiez une ville ? Rome
  • Si vous étiez un pays ? La Thaïlande
  • Si vous étiez une matière ? Le Marbre
  • Si vous étiez une couleur ? Le noir
  • Si vous étiez un style d’habitation ? Une cabane sur la plage
  • Si vous étiez une pièce de la maison ? Le grenier
  • Si vous étiez un monument ? Sam Poh Tong temple en Malaisie
  • Si vous étiez un type d’art ? Le Brutalisme
  • Si vous étiez un plat ? Un Pad-Thai
  • Si vous étiez une chanson ? Erik Satie Gymnopedie 3
  • Si vous étiez un sport ? heuuuuu….
  • Si vous étiez une citation ? « Au pire, on meurt »
  • Si vous étiez un personnage historique ? Christophe Colomb ou Dora L’exploratrice
  • Si vous étiez un homme politique ? Une femme : Simone Weil

 

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Par Léopoldine Iribarren

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