Frères et architectes DPLG, Daniel et Michel Bismut travaillent ensemble depuis 1987, injectant de la passion dans des projets résidentiels et commerciaux, qui les emmènent d’un bout à l’autre de la planète. Actuellement, entre la conception de villas en Californie, à Los Angeles et à Bombay, en Inde, d’un intérieur pour l’exposition des Arts décoratifs au Palais d’Iéna, d’un yacht pour le chantier San Lorenzo à Viareggio en Toscane et plusieurs autres chantiers privés, Daniel et Michel Bismut ne disposent que de peu de périodes de relâche. Mais ils ont eu la gentillesse de répondre à quelques questions pour LSD.

Leur histoire est d’abord celle d’une filiation rare, un héritage qui s’est affirmé au fil des générations. C’est en Tunisie que tout a commencé, avec un grand-père déjà très doué :

Nous avons connu notre grand père à la fin de sa vie. Il était décorateur ensemblier, associé à ses frères, il avait créé « A l’Iris ». Il réalisait à grande échelle des chantiers et du mobilier de style au sein de ses ateliers. Il a été médaille d’or de l’exposition coloniale de 1931 à Paris.

L’entreprise et les magasins se trouvaient  à Tunis, avec des succursales en Afrique du Nord. Elle a disparu avec la grande crise, mais il nous reste quelques photos et documents.

L’histoire se poursuit avec un père sculpteur non moins talentueux :

Jeune, notre père est venu à Paris pour suivre les cours des Beaux-Arts…

Il a participé à plusieurs salons et expositions, puis, à son retour en Tunisie, il  s’est concentré sur le plâtre et le stuc. Des années 50 à 70,  il a été sur tous les  grands chantiers partout en Tunisie, parmi eux,  le palais présidentiel de Carthage. Il a eu une grande influence sur notre parcours. Notre passion pour l’architecture et les Beaux-Arts provient de cet héritage familial.

Quel a été votre premier chantier ?

Notre toute première commande a été le siège parisien d’une importante société d’électronique …et très vite, le chausseur Charles Kammer nous a contactés pour sa boutique de New York, puis on nous a demandé de construire une grande villa proche de Paris.

Entre celui-ci et le dernier que vous avez conçu, qu’est-ce qui a évolué, tant votre façon de faire que dans les matériaux que vous employez et, au final, dans les ambiances que vous créez ?

Notre démarche créative est restée la même…Bien sûr, notre geste s’est affirmé. Nous aimons les expérimentations et sommes toujours à l’affut de nouvelles matières et technologies. C’est cette curiosité qui nous a menés, par exemple, à la création de la cheminée Origami  en marbre ajouré. Imaginée pour le salon de lecture, en novembre dernier au musée des Arts Décoratifs, dans le cadre de « AD Intérieurs 2014 », elle est née de notre volonté de relire les codes ornementaux de la cheminée en marbre.

Avez-vous une recette Bismut pour concevoir un intérieur « réussi » ? Comment appréhendez-vous le lieu sur lequel vous allez agir ?

La décoration est éphémère et tributaire de la mode. Elle n’existe et ne perdure qu’à travers une architecture de qualité, elle est néanmoins essentielle car elle permet de créer l’identité d’un lieu qui doit être en osmose avec ses occupants. Ensuite, la démarche est simple : se poser au début et tout au long du processus créatif une question capitale : quel est le parti, l’idée directrice ? Une fois celle-ci trouvée, nous imaginons un projet comme une série d’instantanés d’où découle un story-board. De chaque cliché jaillit une ambiance, une lumière et même parfois une senteur !

Vos noms sont associés à de beaux intérieurs, riches en œuvres d’art, et en même temps, épurés, élégants et même intemporels : comment parvenez-vous à une telle osmose ?

Nous avons étudié l’architecture aux beaux-arts à UPA1 (Unité Pédagogique d’Architecture (UPA) et sommes DPLG. Nous sommes sensibles aux jeux des proportions, au rythme, à l’échelle. Dans tout volume, que ce soit pour une enveloppe extérieure ou intérieure,  il s’agit de trouver un parfait équilibre….après tout devient facile ! Au théâtre, l’inclinaison d’un côté de la scène suffit à lui donner de la profondeur. En architecture, rabaisser un plafond ou rajouter une ligne horizontale peut changer la perception d’un volume…

Votre clientèle est multiple, tant en nationalités qu’en cultures ; ces identités jouent-elles un rôle dans vos réalisations ?

En ce moment, nos projets se situent à Los Angeles, Bombay, Genève, Ryad et même au Congo. C’est-à-dire dans des coins du monde aux cultures très différentes. Malgré cela, la demande a tendance à s’uniformiser, un peu comme si la terre rétrécissait. C’est fort regrettable, car on se trouve quelque fois dans des lieux où les projets, en hôtellerie par exemple, n’ont plus  rien à voir avec les spécificités architecturales et artisanales locales. Pour autant, les architectes français sont toujours bien accueillis. Et nous-mêmes,  avec une mère italienne, un père tunisien, une grand-mère française, sommes très imprégnés par la multiculture ensoleillée. C’est sans doute ce que l’on vient chercher chez nous…

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En tant qu’architectes DPLG, que réalisez-vous comme bâtiments ?

Principalement des villas. Nous venons de finir de participer à la construction d’un important « retail parc ». Nous travaillons actuellement sur la construction d’un immeuble de bureaux en Afrique, sur un ensemble de six maisons de luxe en Inde ainsi qu’à la rénovation de l’usine Lustucru en France. Le trait commun de toutes ces commandes est que l’on s’adresse à nous pour l’enveloppe architecturale, car nous réfléchissons en même temps à l’identité du lieu et au  traitement des espaces intérieurs.

Justement, existe-t-il une connexion lisible entre une enveloppe et un intérieur signés Bismut ? Comment voyez-vous l’évolution de l’architecture d’intérieur ?

La frontière est très poreuse à nos yeux entre l’architecture et la décoration telle que nous l’appréhendons. Nous ne faisons pas de la «  déco ». Les modes sont passées d’un style chargé au minimalisme le plus absolu, en survolant également une période ethnique. Toutes les époques (20…30…50…60…70, etc.) ont étés revisitées. La tendance actuelle prône le métissage et mixte les « best of » de toutes ces périodes. Le principe même de la « tendance » nous est étranger, car nous ne nous plaçons jamais sous l’angle de la mode. Nous participons en septembre 2015 à la nouvelle exposition « AD intérieurs » au palais Iéna sur le thème « Avant-garde du style » et nous réfléchissons à l’évolution des modes de vie dans l’habitat pour les années à venir. Nous avons appelé notre travail  « Superpositions ».

Parmi tous les intérieurs réalisés, quel est celui qui vous tient à cœur encore aujourd’hui ?

La plupart des projets ont une histoire intéressante à nos yeux … Parmi eux, il y a le concept store James, réalisé à Moscou, il y a plus de 15 ans. Ce projet était précurseur, il n’a pas pris une ride !

Vous avez dessiné votre première collection de mobilier en 2009; vous sentez-vous « designer » ?

Notre champ d’intervention est vraiment transversal. Nous nous intéressons aussi bien à l’architecture qu’au design en passant par l’identité visuelle, mais nous sommes avant tout architectes.

Le design est partout aujourd’hui, le terme est dans toutes les bouches. Ne pensez-vous pas qu’il est un peu galvaudé ?

Raymond Loewy, l’un des pères du design industriel, avait vu juste et c’est une bonne nouvelle ! Ensuite, tout est dans la qualité du dessin, de ses proportions. Mais le design est essentiel. Il doit faire partie de notre quotidien, même avec beaucoup de simplicité.

Mettez-vous la main à la pâte lorsque vous concevez un meuble, ou en confiez-vous les plans à des artisans?

Le processus et les étapes sont toujours très concentrées… une idée… un croquis, jamais de prototype, mais des simulations en 3D d’où découle un plan très précis, et ensuite des artisans formidables qui réalisent le meuble. Notre première collection a été imaginée et réalisée en 2 mois !

Vous a-t-on déjà sollicité pour un aménagement extérieur ?

Nous venons de réaliser, pour la première fois, le plan directeur et le cahier des charges d’une grande aire commerciale,

Family Place, sur laquelle vont se construire plusieurs hôtels, restaurants, bowling, etc. Nous en avons également imaginé l’identité visuelle.

Qu’aimeriez-vous concevoir dans les prochaines années ?

Nous  sommes en plein dedans et réalisons le design intérieur de notre premier yacht avec le chantier San Lorenzo en Italie… Mais développer des projets avec des clients passionnés, par exemple, en Angleterre où il y a une vraie dynamique et pas de barrières, serait une perspective excitante !

Avez-vous un rêve ?

Nous y sommes !

Quel architecte admirez-vous par-dessus tout ?

Tadao Ando mais aussi Carlo Scarpa ou Luis Kahn pour leur délicatesse.

Quelle œuvre architecturale auriez-vous aimé créer ?

La maison sur la cascade ! (Frank Lloyd Wright)

Quel meuble ?

Une chaise … C’est un exercice compliqué !

Pensez-vous à laisser une trace à la postérité ?

Laisser une trace en réalisant les rêves de nos clients, je crois que c’est déjà très bien ! Nous sommes fiers d’avoir vu l’un de nos meubles intégrer les collections nationales en avril dernier.

Vos enfants sont-ils tentés par vos parcours et par la poursuite de l’histoire familiale ?

L’une des cinq est très créative et douée pour les beaux-arts… mais c’est son histoire.

Enfin, avez-vous déjà travaillé l’un sans l’autre ?

On ne sait faire qu’à quatre mains !

Si vous étiez...

Une musique ?  « Sympathy for the devil » des Rolling Stones
Un film ?  « The Party » de Blake Edwards
Un livre ? « Belle du Seigneur » d’Albert Cohen
Un dessert ? Les Scodellini (pour les grands initiés !)
Une boisson ?  L’eau fraiche
Une tendance ?  Tomorrow !
Une époque ?  Demain
Un outil ?  Un crayon HB affuté
Un matériau ?  Le métal
Un végétal ? Le jasmin
Une couleur ? Le blanc mat

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Mireille Mazurier

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