Résidences, restaurants, boutiques, bureaux… Ensemble, ils réalisent des chantiers privés à Monaco (le restaurant Avenue 31), sur la Côte d’Azur (la boutique Pantone à Saint-Tropez), à Moscou (restaurant Beeftro), à Mexico (le BeefBar) et à Paris… L’agence de Christophe Poyet et Emil Humbert a signé cet automne son premier chantier public parisien dans un décor théâtral inspiré des années 30 : la première boutique d’Alexis Mabille a ouvert rue de Grenelle pendant la Fashion Week, fin septembre 2012. Le travail de ces deux jeunes architectes est influencé par une architecture à la fois théâtrale et minimaliste, privilégiant les matériaux nobles traités bruts et les lignes claires. Ils dessinent également l’essentiel du mobilier de leurs réalisations, notamment les luminaires, et leurs mises en scènes sont à la fois spectaculaires et innovantes.

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Emil Humbert, Christophe Poyet … Comment fonctionne votre duo ?

Nos deux formations sont complémentaires : Christophe a terminé ses études en architecture d’intérieur à l’Académie Charpentier en 2007 (architecte CFAI), Emil a fait l’école d’architecture de Paris Belleville en 2004 (architecte DPLG). Forts de nos goûts communs en design, mode et architecture, nous avons créé notre agence en 2007. Travailler en équipe nous offre la possibilité de confronter nos idées, d’échanger des points de vue et des sensibilités, de s’enrichir mutuellement ; ce qui bénéficie à nos projets. Nous pensons ensemble un espace dans sa globalité, selon nos exigences architecturales mutuelles. A chaque nouveau départ, nous définissons les principales lignes directrices au cours d’un brainstorming, puis nous essayons de ne pas dévier de ces lignes, afin de retrouver à l’arrivée l’idée originelle qui fait tout l’intérêt du lieu. Nous avons besoin d’échange permanent tout au long d’un projet, notre interdépendance constitue le ciment de notre création et de la réussite du lieu. A ce jour, notre agence compte autant de projets commerciaux que résidentiels…Des espaces atemporels et reflétant la personnalité de nos clients, dans un juste équilibre entre tradition et modernité.

Quel est votre secret, justement, pour refléter la personnalité de vos clients ?

Pour associer architecture et décoration, et donc correspondre parfaitement au client, l’échange avec le commanditaire est très important. Pour la première boutique d’Alexis Mabille à Paris par exemple, il était essentiel de retranscrire dans l’architecture l’esprit de la marque et la personnalité d’Alexis Mabille. Après qu’il nous ait présenté son univers avec un mood board - un assemblage d’images d’inspiration, nous avons réfléchi pour proposer un projet visuellement fort, qui traduise en trois dimensions la marque. Nous sommes assez instinctifs et la première esquisse est rapidement apparue. Le résultat est très proche de cette première vision.

Parlez-nous de vos autres réalisations-phares…

Pour le restaurant Avenue 31 à Monaco, la mise en commun de nos savoir-faire s’est traduite par la suppression partielle d’un plancher, ce qui a permis de gagner une double hauteur et d’y créer un luminaire de cuivre vertigineux, que nous avons dessiné. En somme, la décoration ne vient plus s’appliquer sur l’architecture, elle s’y associe totalement. Par ailleurs, sur des projets de plus grande importance comme pour le BeefBar à Mexico, nous avons, pour une fois, scindé notre travail après avoir défini la conception d’ensemble. L’un a alors poursuivi l’approche globale en précisant un à un les différents aspects, tandis que l’autre a approfondi des points de détails techniques, comme le procédé de réalisation complexe du rawbar en croûte de granit. Vous vivez à Monaco et vous avez mené des chantiers dans des villes à l’urbanisation en plein développement (Mexico, Moscou, sur la Côte d’Azur)…

Que pensez-vous de l’urbanisation à outrance et comment voyez-vous l’avenir de l’architecture urbaine ?

Les capitales européennes sont vouées à devenir des villes-musées, bloquées par l’importance de la conservation du patrimoine. Ces villes vont sans doute s’étendre et rejoindre d’autres zones métropolitaines géographiquement proches, formant ainsi des ‘méga régions’ comme en Chine ou au Japon. Monaco est une ville à part : elle compte 100% du territoire urbanisé, mais nos projets de constructions sur la mer offrent de nouvelles perspectives.

La boutique Pantone Beachwear de Saint-Tropez fut un projet au concept graphique fort. Comme pour la plupart des réalisations d’Humbert&Poyet, son point de départ fut une séance de créativité à deux.

Introduisez-vous une notion de développement durable dans vos projets et a-t-elle un sens ?

Dans la plupart de nos projets, nous utilisons des bois qui reçoivent le label FSC, garantie d’une gestion responsable des forêts. Plus que l’idée de développement durable, nous avons à cœur d’inscrire nos chantiers dans leur environnement et d’utiliser des matériaux locaux quand c’est possible, en réduisant les transports. C’est aussi une formidable opportunité car c’est une contrainte qui nous oblige à des découvertes. Ainsi, si au BeefBar de Monaco, les luminaires sont réalisés à partir d’un albâtre européen ; et nous avons utilisé pour Mexico un onyx qui provient de carrières locales. Plus qu’un diktat écologique précis, nous avons à l’esprit une démarche globale, de l’imagination du projet à la réalisation du chantier. Etes-vous sensibles à l’utilisation de certains matériaux ? Bois et marbres sont nos matériaux de prédilection dès lors qu’ils sont travaillés dans le principe de l’alliage. Un matériau n’est bien utilisé que lorsqu’il est mis en valeur par un autre. C’est le contraste des nuances et des matières, et la capacité à prendre la lumière différemment qui révèle la beauté du matériau.

Texte : Claire Lelong-Le Hoang

www.humbertpoyet.com

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