Du dessin d’un pingouin raté est né Monsieur Poulet, un gallinacé bienveillant, innocent et attachant. Petit, rond et dodu, orange et jaune, Monsieur Poulet investit les murs vierges et tout un tas d’endroits abandonnés. La ville est son terrain de jeu préféré. Peut-être l’avez-vous déjà aperçu !
Ce qu’il aime par-dessus tout ? Faire rire et sourire, distribuer de l’amour et de l’humour, et vivre autre chose que des aventures de basse cour. Ne cherchez pas à l’enfermer, il tient à sa liberté. Monsieur Poulet est loin d’être un poulet comme les autres ! Voyez un peu…

Faisons connaissance


« Je m’adresse à tous ceux et celles qui essayent de laisser une place dans leur cœur à l’enfant qu’ils ont été »


Raconte-nous quand tout a commencé ?

J’ai rencontré le graffiti au milieu des années 90, quand on m’a mis entre les mains le premier numéro de 33c’fresh. C’était le tout premier magazine de graffiti sur Bordeaux ! J’ai pris une claque visuelle, et j’ai immédiatement voulu reproduire ce que je venais de voir.

J’ai commencé par dessiner des lettres pendant quelques temps, puis je me suis fait choper deux fois coup sur coup… J’ai dû m’éloigner du graffiti et payer mes amendes !

Au début des années 2000, la peinture et la manière d’investir les villes ont évolué. Certains styles se sont développés, loin des standards New Yorkais. Des artistes ont utilisé de nouveaux supports comme les panneaux publicitaires, et de nouveaux matériaux comme le béton ou la mosaïque, pour envahir les rues. Ce qu’on appelle le « street art » était né.

Et Monsieur Poulet, comment est-il né ?

Après avoir fait des lettrages pendant des années, je voulais changer de direction et illustrer un animal un peu gauche. Un jour pendant une réunion de travail, j’ai dessiné un pingouin. Une collègue a jeté un œil à mon dessin et m’a dit : « il est mignon ton poulet ». Manifestement, je ne savais pas dessiner les pingouins !

Je me suis donc lancé dans le dessin de gallinacés. J’ai commencé à illustrer des jeux de mots autour du « poulet » : Jean-Poule Gaultier, Napouléon, Swimming Poule… Au fur et à mesure, son physique a évolué.

Aujourd’hui, Monsieur Poulet est petit, rond et dodu. Quant à son caractère, il a beau être petit, il est courageux, mais se laisse aussi facilement duper. C’est un innocent bienveillant.

Monsieur Poulet raconte t-il quelque chose en particulier ?

J’essaye de faire vivre à ce poulet des aventures incroyables. Il a déjà conduit une grosse cylindrée, il se bat régulièrement contre des monstres, il fait du sport pour rester en forme, il a aussi déclaré sa flamme à sa poulette, etc.

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Je raconte sa vie, et pour un poulet, elle est bien remplie et complètement folle ! Il essaye de répandre de l’amour et de la bonne humeur sur les murs. Par contre, il ne dénonce rien. Il n’a pas la prétention d’un donneur de leçon, il est apolitique, libre et laisse les gens penser comme ils veulent.

Après tout…ce n’est qu’un poulet.

Où faut-il aller pour le trouver ? Quels sont tes endroits préférés ?

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Mon Graal : les murs vierges et les endroits abandonnés. C’est dans ce genre de lieux que tu auras peut-être la chance de me croiser ! Le top, c’est quand il y a la possibilité de faire une mise en scène, comme par exemple dans cette salle de cours abandonnée à qui j’ai redonné une seconde vie en mettant en scène un « poulet professeur » venant de punir un cancre.

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Monsieur Poulet a-t-il un rêve ?

Mon rêve, c’est de rester indépendant et de continuer à peindre jusqu’à ma mort. Si je peux encore peindre à 80 ans, je le ferai.

Ta démarche et ton travail


« Je fais du graffiti. Je rentre dans des endroits laissés à l’abandon pour y faire des peintures rigolotes »


Quand as-tu commencé à investir les rues ? Quelles sont tes motivations ?

Ma première pièce date de 1993…il me semble. Je n’ai pas été régulier depuis, mais en gros, depuis les années 2000, j’essaye d’être productif. Dans un premier temps, mes motivations sont purement hédonistes. Mais c’est une réelle satisfaction si je peux faire sourire ceux qui voient mes peintures.

En quelques mots, peux-tu nous expliquer comment tu travailles ?

Ma première préoccupation est de trouver l’endroit où peindre. Je rôde… Je repère… Je prends des photos et je vois ce qui peut être fait. J’y retourne ensuite pour peindre.

Quant au choix du dessin, cela dépend s’il y a une mise en scène à faire ou non. Dans ce cas, j’ai travaillé le dessin avant. Ensuite vient la photo !  J’y attache une grande importance car au final, c’est ce qu’il va me rester. J’essaye donc de trouver le plus bel endroit à mes yeux et de bien le mettre en valeur. Et ça me permet d’illustrer mon blog et ma page facebook.

Aujourd’hui et demain


« Je vais peindre encore et encore »


Parle-nous de ton exposition à la Zone du Dehors… Ta dernière exposition remonte à 10 ans.

Peindre ou exposer ?

Mon seul plaisir, c’est de peindre dehors ou de produire des choses pour la rue. Cette activité demande un gros investissement personnel et du temps. À choisir…

Mais de temps en temps, je fais une expo’. Cette année, je me suis laissé tenter par une expo à La Zone du Dehors, une librairie-galerie-café du cours Victor Hugo à Bordeaux. L’équipe m’a approché avec classe et je me suis laissé embarquer dans ce défi. J’ai pas mal bossé pour sortir plein de pièces et pour bien investir le lieu. Et avec Tatie Prout !

Tatie Prout est une des seules filles du « skinjackin », crew dont j’ai fait partie pendant 3 ans. Je l’ai invitée sur la fresque car elle a un univers qui s’accorde bien avec le mien. Il est coloré, plein de bonne humeur. Il y a de l’humour et du love. Et pour ne rien gâcher, elle est à l’image de son univers.

>> Exposition à découvrir jusqu’au 19 mai 2016.

Demain ?

J’ai encore un petit truc de prévu cet été et après je retournerai à ma vie de peintre de friches.

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Merci.


Par Laurène Delion

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